Infections urinaires : pourquoi les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?
Pourquoi les femmes sont-elles plus souvent touchées par les infections urinaires ? Le Dr Camara-Sampil décrypte les causes, les symptômes et les bons gestes pour les prévenir.
ParDr. Bouba CAMARA-SAMPILMédecin généraliste / échographiste
3 min de lecture

Sommaire
- Une question d’anatomie
- Une urètre bien plus courte chez la femme
- Proximité des orifices chez la femme
- Des symptômes souvent similaires… mais des diagnostics différents
- Chez la femme : la cystite aiguë simple
- Chez l’homme : ce n’est jamais une simple cystite
- Traitement de l’infection urinaire : simple chez la femme, plus complexe chez l’homme
- Cystite chez la femme : traitement court et ciblé
- Prostatite chez l’homme : traitement long et surveillance
- Conclusion : deux sexes, deux approches
Les infections urinaires sont l’un des motifs de consultation médicale les plus fréquents. On estime qu’une femme sur deux en souffrira au moins une fois dans sa vie, souvent entre 20 et 40 ans. En revanche, ces infections sont bien plus rares chez l’homme jeune, où elles représentent moins de 5 % des cas. Ce déséquilibre s’explique en grande partie par des différences anatomiques et physiologiques, mais aussi par la manière dont ces infections sont traitées.
Une question d’anatomie
Une urètre bien plus courte chez la femme
Chez la femme, l’urètre le canal qui relie la vessie à l’extérieur mesure environ 3 à 4 cm. Chez l’homme, il est beaucoup plus long, entre 15 et 20 cm. Cette différence rend la progression des bactéries vers la vessie bien plus facile et rapide chez la femme.
Ce que se demandent souvent les patientes :
« Pourquoi j’ai une infection alors que je suis propre ? »
La réponse : la majorité des infections urinaires sont causées par des bactéries naturellement présentes dans le tube digestif, comme Escherichia coli. Il ne s’agit pas d’un problème d’hygiène, mais d’un phénomène de contamination naturelle, facilité par la proximité de l’anus et de l’urètre chez la femme.
Proximité des orifices chez la femme
Chez la femme, l’anus, le vagin et l’urètre sont des structures anatomiques très proches les unes des autres. Cela rend plus probable le passage de la bactérie de l’intestin vers les voies urinaires, surtout après un rapport sexuel ou une mauvaise technique d’essuyage (d’arrière en avant).
Conseil pratique : toujours s’essuyer d’avant en arrière et uriner après un rapport sexuel peut diminuer le risque de cystite.
Des symptômes souvent similaires… mais des diagnostics différents
Chez la femme : la cystite aiguë simple
Les symptômes sont bien connus :
- Brûlures en urinant
- Besoin fréquent d’uriner
- Urines troubles ou malodorantes
- Douleurs dans le bas-ventre
- Parfois du sang dans les urines
Il n’y a pas de fièvre, pas de douleurs lombaires importantes, et le traitement repose généralement sur un antibiotique en dose unique ou sur trois à cinq jours maximum.
Ce que les femmes demandent souvent : « Est-ce que je dois toujours faire une analyse d’urine ? » Pas nécessairement. En cas de symptômes typiques chez une femme jeune et en bonne santé, le diagnostic peut être posé cliniquement.
Chez l’homme : ce n’est jamais une simple cystite
Une infection urinaire basse chez un homme est presque toujours considérée comme une prostatite aiguë, même si les symptômes peuvent sembler similaires :
- Brûlures à la miction
- Pollakiurie (envies fréquentes)
- Pesanteur pelvienne
Mais souvent, il y a de la fièvre, des frissons, une baisse de l’état général voire des douleurs périnéales ou rectales. La prostate étant située juste sous la vessie et traversée par l’urètre, elle est souvent atteinte dès qu’une infection touche les voies urinaires.
Traitement de l’infection urinaire : simple chez la femme, plus complexe chez l’homme
Cystite chez la femme : traitement court et ciblé
En première intention, on utilise souvent :
- Fosfomycine trométamol (Monuril®), en prise unique ou en trois prises sur cinq jours
- Pivmecillinam ou nitrofurantoïne pendant 3 à 5 jours selon les cas
Il est important d’éviter les antibiotiques à large spectre, afin de limiter les résistances.
Prostatite chez l’homme : traitement long et surveillance
Le traitement doit :
- Durer au minimum 14 jours
- Utiliser des antibiotiques qui diffusent bien dans la prostate, comme les fluoroquinolones (Ciprofloxacine, Lévofloxacine), parfois associées à une autre molécule
Une analyse d’urine est indispensable, souvent complétée par un examen clinique de la prostate (touché rectal) et un dosage de PSA en cas de doute.
Question fréquente : « Est-ce que ça peut devenir chronique ? » Oui, si elle est mal soignée, la prostatite peut évoluer vers une forme chronique, difficile à traiter. D’où l’importance d’un diagnostic rigoureux.
Conclusion : deux sexes, deux approches
La fréquence élevée des infections urinaires chez la femme s’explique principalement par sa morphologie urinaire. En revanche, chez l’homme, ces infections sont rares mais plus graves, car elles concernent souvent la prostate. Adapter le diagnostic et le traitement à chaque sexe est donc essentiel.
À retenir :
- La cystite chez la femme est fréquente mais bénigne
- Chez l’homme, une infection urinaire est toujours une alerte
- Le traitement diffère autant par la durée que par la stratégie
Sources et références
- Grabe M et al. EAU Guidelines on Urological Infections. 2024.
- Foxman B. “Epidemiology of urinary tract infections: incidence, morbidity, and economic costs.” Am J Med, 2002.
- https://www.hug.ch/sites/interhug/files/structures/medecine_de_premier_recours/documents/infos_soignants/infections_urinaires_arce.pdf
- HAS. “Prise en charge des infections urinaires bactériennes communautaires chez l’adulte.” Recommandations 2021.
- European Association of Urology (EAU). “Prostatitis Guidelines.” 2023.
- Bent S, et al. “Does this woman have an acute uncomplicated urinary tract infection?” JAMA. 2002.
- https://www.hug.ch/sites/interhug/files/structures/medecine_de_premier_recours/Strategies/Stratégie%20IU%202021.pdf
- Wagenlehner FME, et al. “Diagnosis and management of uncomplicated cystitis.” Nat Rev Urol. 2020.
Lire aussiComprendre la cystite : une infection urinaire
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.




