Sécheresse vaginale et atrophie génitale : Comprendre et prévenir un enjeu sous-estimé de santé féminine
La sécheresse intime et l’atrophie vaginale touchent plus d’une femme sur deux au cours de sa vie, mais restent encore trop peu abordées. Environ 60 % des femmes ménopausées et 70 % des femmes sous traitement contre le cancer du sein en souffrent
ParJulie BRUNETKinésithérapeute en pelvi-périnéologie
7 min de lecture

Sommaire
- Comprendre les mécanismes : Que se passe-t-il au niveau du vagin à la ménopause?
- Les conséquences cliniques : Quels impacts sur la santé intime ?
- Sécheresse vaginale : des symptômes gênants au quotidien
- Atrophie génitale : une fragilité accrue
- Les causes de la sécheresse et de l’atrophie génitale
- Les périodes physiologiques sensibles
- Les traitements médicaux et chirurgicaux
- Quelles solutions pour la sécheresse et l’atrophie génitale ?
- Les solutions naturelles
- Les traitements locaux
- Les traitements hormonaux
- Les innovations technologiques
- Conclusion : Briser le tabou et améliorer la prise en charge
La sécheresse intime et l’atrophie vaginale touchent plus d’une femme sur deux au cours de sa vie, mais restent encore trop peu abordées. Environ 60 % des femmes ménopausées et 70 % des femmes sous traitement contre le cancer du sein en souffrent, avec un impact majeur sur leur bien-être et leur qualité de vie. Ces troubles sont principalement dus à une carence en œstrogènes, souvent associée aux bouffées de chaleur ou à la fatigue, mais qui entraîne aussi des modifications physiologiques du vagin et de la vulve. Pourtant, ces symptômes restent méconnus et insuffisamment traités. On parle aujourd’hui de syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM) pour désigner cet ensemble de désagréments qui affectent non seulement la zone intime, mais aussi la santé urinaire des femmes ménopausées. Malheureusement, ce syndrome est souvent sous-diagnostiqué et mal pris en charge, en raison du manque d’information et des tabous qui entourent encore la santé intime féminine. Alors, comment reconnaître ces symptômes et quelles solutions existent pour retrouver confort et bien-être ? Découvrez tout ce qu’il faut savoir dans cet article.
Comprendre les mécanismes : Que se passe-t-il au niveau du vagin à la ménopause?
Avec la ménopause, la diminution du taux d’œstrogènes entraîne des changements majeurs dans l’équilibre intime, favorisant l’apparition de sécheresse vaginale et, à terme, de l’atrophie vaginale. Principales transformations :
- Modification de la flore vaginale : Le pH vaginal devient plus alcalin, créant un environnement propice aux infections.
- Amincissement des tissus : La muqueuse vaginale perd en épaisseur et en vascularisation, ce qui la rend plus fragile.
- Diminution des sécrétions naturelles : La lubrification diminue, entraînant une sensation de sécheresse et d’inconfort. Sans prise en charge, ces modifications s’installent progressivement et l’atrophie vaginale devient plus marquée, avec des symptômes visibles 4 à 5 ans après le début de la ménopause. Comprendre ces mécanismes permet d’agir plus tôt pour préserver le confort intime et la santé vaginale.
Les conséquences cliniques : Quels impacts sur la santé intime ?
Les effets de la ménopause sur la santé intime ne se limitent pas à un simple inconfort passager. La sécheresse vaginale et l’atrophie génitale peuvent avoir des conséquences importantes sur le bien-être, la vie sexuelle et même la santé urinaire.
Sécheresse vaginale : des symptômes gênants au quotidien
- Sensation d’inconfort et gêne persistante.
- Irritations et brûlures vaginales, aggravées par le manque d’hydratation des muqueuses.
- Infections vaginales et urinaires à répétition, dues à un déséquilibre de la flore vaginale et à un pH plus alcalin.
Atrophie génitale : une fragilité accrue
- Douleurs vaginales et vulvaires, même en dehors des rapports.
- Irritations fréquentes et petits saignements, pouvant survenir spontanément ou après un rapport sexuel.
Ces symptômes évoluent progressivement et entraînent des douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunies), ce qui peut altérer la libido et impacter profondément la qualité de vie. Lorsqu’ils ne sont pas pris en charge, ils peuvent aussi affecter l’équilibre du couple.
Les causes de la sécheresse et de l’atrophie génitale
La sécheresse vaginale et l’atrophie génitale ne sont pas uniquement liées à la ménopause. Plusieurs situations peuvent provoquer un déséquilibre hormonal entraînant une fragilité des muqueuses et une diminution de la lubrification naturelle.
Les périodes physiologiques sensibles
- Grossesse, accouchement et post-partum : Fluctuations hormonales fragilisant les muqueuses vaginales.
- Allaitement : La prolactine réduit temporairement les niveaux d’œstrogènes, entraînant une sécheresse vaginale.
- Ménopause : Chute du taux d’œstrogènes modifiant la flore vaginale, amincissant les tissus et diminuant la lubrification.
Les traitements médicaux et chirurgicaux
Certains traitements peuvent induire une suppression hormonale prolongée, accélérant la déshydratation et l’atrophie des muqueuses :
- Contraception hormonale faiblement dosée (pilules minidosées).
- Traitements pour l’endométriose ou les fibromes, réduisant la production d’œstrogènes.
- Chirurgies gynécologiques, comme l’ovariectomie, entraînant une ménopause chirurgicale.
- Traitements anticancéreux :
- Chimiothérapie et hormonothérapie (notamment pour le cancer du sein).
- Radiothérapie pelvienne, utilisée pour traiter les cancers de l’utérus ou des ovaires.
Quelles solutions pour la sécheresse et l’atrophie génitale ?
Bonne nouvelle : il existe de nombreuses solutions pour soulager la sécheresse vaginale et prévenir l’atrophie génitale, allant des traitements naturels aux innovations médicales.
Les solutions naturelles
- Les approches naturelles peuvent être efficaces pour hydrater, protéger et régénérer les muqueuses vaginales.
- Hydratation locale avec des huiles végétales
- L’application régulière d’huiles végétales aide à apaiser les irritations et à restaurer l’hydratation des muqueuses. Parmi les plus recommandées :
- Huile d’onagre : riche en acides gras essentiels (oméga-6), elle favorise la régénération des tissus.
- Huile d’amande douce : adoucissante et apaisante, elle calme les irritations. -Baumes huileux naturels : combinant plusieurs huiles pour un effet nourrissant optimal.
- Astuce : Pour une efficacité optimale, appliquez ces huiles en prévention et en soin régulier.
- Compléments alimentaires : une action de l’intérieur
- Certains nutriments et extraits végétaux contribuent à maintenir l’élasticité des tissus et à compenser le déficit hormonal :
- Phytoœstrogènes (graines de lin, soja, trèfle rouge) : miment l’action des œstrogènes.
- Oméga-3 (huile de lin, poissons gras) : maintiennent la souplesse des tissus.
- Huiles d’onagre et de bourrache : riches en acide gamma-linolénique (AGL), aux propriétés anti-inflammatoires et hormonorégulatrices.
- Huile essentielle de sauge sclarée : connue pour son effet œstrogène-like.
- Précautions importantes :
Les compléments alimentaires ne conviennent pas à toutes. Ils sont contre-indiqués en cas de :
- Pathologie hormonodépendante (cancer du sein, fibromes, endométriose…). -Traitements médicaux spécifiques (troubles thyroïdiens, anticoagulants…).
- Grossesse et allaitement.
- Attention :un avis médical est indispensable avant toute supplémentation.
- Hygiène intime adaptée : protéger sans agresser
- L’adoption de bonnes habitudes permet d’éviter d’aggraver la sécheresse et les irritations :
- Privilégier les soins doux : choisir des nettoyants intimes sans savon ni parfum.
- Opter pour des sous-vêtements en coton : limiter les frottements et favoriser la respiration de la peau.
- Éviter les douches vaginales : elles perturbent la flore naturelle et aggravent la sécheresse.
Les traitements locaux
Lorsque les solutions naturelles ne suffisent pas, des traitements locaux permettent de soulager efficacement la sécheresse vaginale et de prévenir l’atrophie génitale.
Hydratants et lubrifiants : un confort au quotidien
Les gels à base d’acide hyaluronique :
- Hydratent en profondeur la muqueuse vaginale.
- Favorisent la régénération des tissus.
- Apportent un soulagement durable contre la sécheresse.
Les lubrifiants intimes :
- Indispensables pour éviter les douleurs lors des rapports sexuels.
- Disponibles à base d’eau, de silicone ou enrichis en agents hydratants.
Astuce : Privilégiez des produits sans parfum ni additifs irritants pour un respect optimal de l’équilibre vaginal.
Traitements hormonaux locaux : une action ciblée
Pour les cas plus avancés, des traitements à base d’œstrogènes permettent de restaurer l’élasticité et l’hydratation des muqueuses :
- Crèmes vaginales : faciles à appliquer pour une hydratation ciblée.
- Ovules vaginaux : favorisent une libération progressive des œstrogènes.
- Anneaux vaginaux : délivrent une faible dose d’hormones en continu pendant plusieurs semaines.
- Précautions : Ces traitements sont localisés et n’ont pas d’impact systémique majeur, mais nécessitent une évaluation médicale, en particulier pour les femmes ayant des antécédents de cancer hormonodépendant.
Injections d’acide hyaluronique : une solution innovante Les injections d’acide hyaluronique dans la muqueuse vaginale sont une option efficace pour les patientes ne répondant pas aux traitements classiques. Elles permettent de :
- Restaurer l’hydratation et l’élasticité des tissus.
- Apporter une hydratation profonde en comblant le déficit en eau.
- Offrir des résultats durables jusqu’à 12 mois.
- Ce traitement est réalisé en cabinet médical et constitue une alternative idéale aux hormones locales pour les femmes ayant des contre-indications aux œstrogènes.
Les traitements hormonaux
- Les traitements hormonaux substitutifs (THS) sont administrés par voie orale et agissent sur l’ensemble des symptômes de la ménopause, y compris la sécheresse et l’atrophie vaginale. Cependant, ils sont contre-indiqués en cas d’antécédents de cancer hormonodépendant (cancer du sein, de l’utérus…).
- À savoir : Une évaluation médicale approfondie est essentielle avant toute prescription pour s’assurer de l’innocuité du traitement.
Les innovations technologiques
Pour les femmes qui ne peuvent ou ne souhaitent pas utiliser de traitements hormonaux, des technologies médicales récentes offrent des solutions efficaces et non invasives.
Laser vaginal : régénération des tissus
Comment ça fonctionne ? Le laser vaginal stimule la production de collagène et la régénération des tissus, améliorant ainsi :
- L’hydratation des muqueuses.
- L’élasticité des tissus vaginaux.
- Le confort intime (diminution des douleurs et irritations). Avantages : -Non invasif et indolore.
- Idéal pour les femmes réfractaires aux traitements hormonaux.
- Efficace en quelques séances seulement.
Radiofréquence : stimulation du collagène Principe : Cette technique utilise des ondes thermiques pour stimuler la production de collagène et améliorer la souplesse des tissus vaginaux.
Bénéfices :
- Améliore l’hydratation et la fermeté des muqueuses.
- Procédure rapide et sans douleur.
- Convient aux femmes en quête d’une solution naturelle et non invasive.
Thérapie par LED : améliorer la microcirculation
Qu’est-ce que c’est ? Les diodes électroluminescentes (LED) émettent une lumière froide qui :
- Stimule la microcirculation sanguine.
- Favorise la régénération cellulaire.- Améliore la production de collagène.
Pourquoi l’adopter ?
- 100 % indolore et non invasive.
- Adaptée aux femmes cherchant une alternative douce et naturelle.
Conclusion : Briser le tabou et améliorer la prise en charge
La sécheresse et l’atrophie génitale ne sont pas des troubles anodins : elles concernent une grande majorité des femmes et ont un impact majeur sur le bien-être physique, sexuel et émotionnel. Pourtant, ces problèmes restent sous-diagnostiqués et insuffisamment pris en charge, souvent à cause du manque d’information et des tabous persistants.
Pourquoi en parler est essentiel ?
- Pour démystifier ces troubles et encourager les femmes à consulter.
- Pour favoriser un diagnostic précoce et éviter une aggravation des symptômes.
- Pour accéder aux solutions adaptées, qu’elles soient naturelles, médicales ou technologiques.
Un dialogue ouvert avec les professionnels de santé
La rééducation périnéale est un excellent moment pour aborder la question avec un spécialiste. N’hésitez pas à en parler à votre thérapeute : un échange bienveillant peut ouvrir la porte à des solutions adaptées à votre situation.
Sensibiliser les patientes et les soignants est essentiel pour garantir une meilleure prise en charge et améliorer la qualité de vie des femmes face à ces défis hormonaux.
Sources et références
- Johnston S, Bouchard C, Fortier M, Wolfman W. Directive clinique no 422b : Ménopause et santé génito-urinaire. J Obstet Gynaecol Can. 2021.
- Maris E, Salerno J, Hédon B, Mares P. Traitements physiques de l’atrophie vulvovaginale. CNGOF et GEMVi.
- Bohbot JM, de Belilovsky C, Brami G, Mares P. Efficacité d'un dispositif médical à base d'acide hyaluronique liposomé. 2015.
- Jardin I, Louis-Vahdat C, Canlorbe G, et al. Traitement de l'atrophie vulvo-vaginale par LASER CO2. 2018.
- Hersant B, Werkoff G, Sawan D, et al. Traitement au laser CO2 pour l’atrophie vulvovaginale chez les femmes traitées pour cancer du sein. 2020.
- www.menopause.org
- www.afrep.org
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.




