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Prise en charge de la descente d’organe, fuites urinaires : intervention chirurgicale

Prolapsus, hypermobilité urétrale, incontinence urinaire d’effort, sont des termes souvent associée lorsque l’on parle de descente d’organe ou de fuite urinaire..

6 min de lecture

Prolapsus, hypermobilité urétrale, incontinence urinaire d’effort, sont des termes souvent associée lorsque l’on parle de descente d’organe ou de fuite urinaire. Manon Coller, kinésithérapeute, spécialiste en uro-gynécologie revient sur certaines notions fondamentales nécessaires à la compréhension de la descente d’organes, de la chirurgie du prolapsus et de l’incontinence urinaire ainsi que sur la prise en charge par le kinesitherapeute.

Un prolapsus, c’est quoi ? Par définition, une descente d’organe ou prolapsus, se définit par une hernie extériorisée par la cavité vaginale, dans laquelle s’engage un ou plusieurs éléments du contenu pelvien.

Une descente d’organe peut toucher un ou plusieurs organes, dont les plus connus sont :

  • La vessie : cystocèle
  • L’utérus : Hystéroptose ou hystérocèle
  • Le rectum : rectocèle

On classifie le prolapsus en 4 degrés:

  • 1er degré : le prolapsus est bombant dans la cavité vaginale,
  • 2ème degré : le prolapsus atteint l’orifice vaginal et affleure la vulve,
  • 3ème degré : le prolapsus dépasse l’orifice vulvaire, donc il est visible à l’extérieur du vagin,
  • 4ème degré : le prolapsus est complet.

Les symptômes de la descente d’organe

La femme qui pense avoir une descente d’organe(s) va décrire plusieurs symptômes tels qu’une sensation de pesanteur dans le bas ventre, une dysurie qui est une gêne ou une douleur lors de la miction, et parfois à l’inverse une incontinence urinaire d’effort (toux, éternuement, sauts, course, etc.). Ce prolapsus peut avoir à terme un impact psychologique sévère (anxiété voire même dépression) et limiter fortement certaines activités de la patiente.

Le médecin urologue se doit d’abord de proposer et d’essayer différents traitements alternatifs. Il ne propose une intervention chirurgicale que lorsque celle-ci est inévitable. Il aura d’abord recours à un traitement conservateur et moins traumatisant : kinésithérapie, médicaments (entre autres, des oestrogènes), exercices, etc…

Le rôle du Kinésithérapeute dans la prise en charge d’un prolapsus

Une kinésithérapie peut considérablement aider avant d’avoir recours à une intervention chirurgicale en cas de descente d’organe. Pour ce faire, le kinésithérapeute analyse la situation globale et tente de comprendre le problème en dressant un bilan. Ensuite, une fois le problème compris dans son ensemble, le kinésithérapeute va pouvoir donner des exercices au patient, tels que du pilates, de la respiration hypopressive, ou encore en travaillant en biofeedback à l’aide d’une machine.

  • Le pilates est devenu à la mode ces dernières années et propose différents exercices et positions pour travailler le périnée, comme, par exemple, le shoulder bridge (montré précédemment dans l’article traitant des cystites récidivantes et des exercices de kiné). Il est possible de modifier la difficulté en ajustant la charge (plus ou moins de poids), ou en faisant travailler d’autres parties du corps.
  • La respiration hypopressive est un exercice que l’on peut réaliser n’importe où, le principal est de prendre une inspiration par le nez et en expirant par la bouche de façon à rentrer le ventre. A la fin de cette respiration, on tient la contraction 3 à 5 secondes et on peut répéter l’exercice 8 à 10 fois.
  • Le biofeedback utilisé avec une machine et une sonde permet d’avoir une action contrôlée au niveau du périnée et de prendre conscience de son existence de façon à mieux le travailler, à mieux le contrôler.

Une intervention chirurgicale a lieu lorsque le prolapsus et/ou l’incontinence urinaire d’effort deviennent totalement invalidants pour la patiente. En effet, elle consiste à repositionner et fixer les organes dans la cavité pelvienne et/ou à diminuer les fuites urinaires en plaçant une bandelette sous l’urètre de telle manière à former un hamac afin de soutenir l’urètre durant les efforts et d’empêcher les fuites urinaires. On peut avoir recours à cette bandelette sous-urétrale, en cas de petite descente d’organe ou après l’avoir corrigée.

Les différents types d’intervention chirurgicale

L’intervention dure entre 20 à 30 minutes sous anesthésie générale ou loco-régionale. Elle peut se dérouler de deux manières :

  • TVT (Tension free Vaginal Tape) : l’intervention se fait au travers du vagin et consiste à placer la bandelette qui remplace les structures défaillantes de l’urètre. Deux incisions sont réalisées au-dessus du pubis. Dans cette technique opératoire, une cystoscopie (tube optique au niveau de la vessie) est réalisée en fin d’intervention pour vérifier l’absence de blessure vésicale.
  • TOT (Trans-Obturator Tape) : l’intervention consiste à placer une bandelette sous l’urètre, en l’extériorisant par des incisions latérales périnéales, entre la cuisse et la vulve. La bandelette est, là encore, posée sans tension sous le canal de l’urètre

Dans les deux cas, une sonde vésicale est conservée quelques heures après la fin de la chirurgie.

Quelques bons conseils

Pendant la période postopératoire, une surveillance particulière de la miction doit être menée pour s’assurer que la vessie fonctionne correctement. Des effets indésirables de cette intervention peuvent-être divers : douleurs, infection urinaire, mauvaise cicatrisation, mictions fréquentes, douleurs lors des rapports sexuels. Même si ces effets indésirables sont rares, il ne faut pas les sous-estimer.

Pour les éviter, on proposera au patient quelques conseils à suivre :

  • Bonne hydratation (1,5 à 2L /jour),
  • Préférer une douche au lieu d’un bain
  • Utiliser du savon neutre
  • Pas d’effort impliquant de porter des charges et éviter le sport pendant les 4 à 6 semaines postopératoires
  • Consulter le médecin dans les cas suivants: fièvre supérieure à 38°, impossibilité d’uriner, hématurie (sang dans la vessie), hématome voire d’infection urinaire.

L’avantage principal de cette opération reste une amélioration significative et rapide de la qualité de vie des patientes. Cependant, une hyperactivité vésicale à l’origine d’envies urgentes d’uriner, peut apparaître après l’intervention. Il reste donc préférable d’essayer une rééducation périnéale pour travailler la tonicité musculaire du plancher pelvien avant d’envisager la chirurgie, jusqu’à ce que l’incontinence urinaire d’effort ne perturbe plus le quotidien.

#StoryTime : Sophie, 40 ans et maman de 2 enfants, a une sensation de gêne dans le bas ventre et des fuites urinaires de plus en plus fréquentes

Sophie est une femme de 40 ans, maman de deux magnifiques enfants. Elle a donné naissance à ces deux merveilles, Zoé et Adeline, en l’espace de deux ans. À l’époque, après ses accouchements, une rééducation du plancher pelvien n’était pas proposée systématiquement, en tout cas, ce n’était pas courant. Au fur et à mesure du temps qui passe, elle ressent une gêne dans le bas du ventre et se plaint de fuites urinaires pour des efforts de moins en moins intenses. Elle décide d’aller rendre visite à son gynécologue qui ne constate aucune anomalie vaginale ou utérine, en dehors d’une légère cystocèle. Celui-ci l’envoie ensuite chez son urologue qui lui diagnostique également une hypermobilité urétrale, à l’origine de fuites lors d’efforts violents à vessie pleine. Consciencieux, pour éviter tout traumatisme non opportun que pourrait représenter une intervention chirurgicale. Il envoie Sophie en rééducation du plancher pelvien chez un kinésithérapeute pour tenter de régler le problème par la voie douce.

En effet, Sophie se plaint principalement de fuites urinaires lorsqu’elle pratique son jogging environ tous les 3 jours. Avec cette gêne urinaire de plus en plus présente, son sport n’est plus un vrai plaisir et se transforme plutôt en une séance cauchemardesque : comment cacher ces tâches qui trahissent facilement le problème au regard des autres promeneurs ? De plus, ces fuites sont de plus en plus régulières et elle ne sait même plus vraiment depuis quand cela a débuté. Avec sa rééducation qu’elle a entrepris à temps, elle n’a plus cette sensation de gêne et peut se remettre pleinement à son jogging tous les 3 jours sans problèmes. Finalement une intervention n’a même pas été nécessaire ! Tout cela n’a été possible que parce que le mal a été pris en charge de manière précoce.

Sources et références

Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.

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