Bien se préparer avant une chirurgie
Voici une rubrique utile pour vous permettre de mieux appréhender cette phase de préparation et de bénéficier de conseils pour l’optimiser en vue d’une récupération en post-opératoire plus rapide.
ParSara ChakirInfirmière, ergothérapeute
ParCSB Klinik
10 min de lecture

Vous avez une intervention chirurgicale prévue prochainement ? Cela peut éveiller plusieurs craintes et être stressant pour vous. Les questions les plus fréquentes sont les suivantes: « À quoi dois-je m’attendre pour cette chirurgie? Vais-je avoir très mal ? Vais-je avoir des complications? Est-ce que la cicatrisation sera rapide? Comment dois-je envisager ma convalescence? »
Cette période d’attente avant l’opération peut être facilitée par la préparation préopératoire. Il est donc essentiel de bien la comprendre et de s’y consacrer. De votre investissement dans cette période dépendront notamment la réussite de l’opération, et de la période post-opératoire. Voici une rubrique utile pour vous permettre de mieux appréhender cette phase de préparation et de bénéficier de conseils pour l’optimiser en vue d’une récupération en post-opératoire plus rapide.
Qu’est-ce que la préparation préopératoire?
La préparation préopératoire est la période qui s’étire entre la décision du chirurgien et l’opération en elle-même.Elle vous permet de mieux comprendre le processus opératoire, et elle permet à l’équipe de soin de mieux cibler vos besoins. Ainsi, elle est cruciale d’une part pour l’équipe médicale qui planifie le déroulement de la chirurgie dans une optique de minimisation des risques opératoires; d’autre part, elle vous permet de vous préparer psychologiquement et physiquement à l’opération. En effet, la période d’attente pour une chirurgie est un moment stressant et anxiogène chez plus du deux tiers des patients. Si vous n’avez pas le soutien nécessaire pour gérer ou contrôler cette anxiété, des conséquences tant sur le plan physiologique que psychologique peuvent se manifester. Cela peut nuire à votre récupération post-opératoire et à votre guérison.
Cette étape est donc un moment décisif dans le processus opératoire, car elle vous permet de prendre conscience de ce qui vous attend, et de comprendre quels comportements adopter pour favoriser votre rétablissement en post-opératoire. Vous avez donc un rôle actif et important à jouer dans cette phase.
En quoi consiste la préparation préopératoire?
La préparation préopératoire consiste en l’ensemble des moyens mis en place, par l’équipe de soin et vous-même, pour prévenir les complications pendant et après la chirurgie, pour permettre la planification du jour J et de la convalescence, et pour favoriser des habitudes de vie saines qui vont aider votre guérison en post-opératoire.
Plus précisément, on procède à un ensemble d’évaluations permettant de dépister les besoins de bilan de santé, de soutien psychologique et d’examens médicaux plus poussés nécessaires à la réalisation d’une opération en toute sécurité. Selon vos antécédents et vos facteurs de risque personnels, il peut s’agir de prises de sang, d’imageries médicales, de consultations médicales ou d’examens cardiaque et respiratoire. Lors de votre rencontre avec l’équipe de soin, il est crucial que vous répondiez en toute transparence, et que vous communiquiez toutes les informations qui permettront de mieux vous préparer à l’opération..
Une équipe multidisciplinaire sera disponible selon les besoins identifiés lors de l’évaluation préopératoire. Votre chirurgien, les infirmiers et infirmières de la clinique préopératoire, le ou la psychologue, le ou la physiothérapeute, le ou la nutritionniste et tous les autres intervenants nécessaires à votre soutien pourront être présents pour vous accompagner dans cette phase. Par ailleurs, cette étape est un moment idéal pour s’informer et comprendre l’opération qui sera réalisée, en plus de connaître les directives médicales préopératoires à respecter pour éviter des complications. Il peut s’agir de consignes relatives à un éventuel traitement médicamenteux, de la nécessité d’un jeûne préopératoire, ou de toute autre préparation particulière selon les besoins de votre condition. Vous devez absolument vous assurer que vous avez bien compris ces consignes, et que vous êtes capable de les appliquer. C’est également une occasion de planifier votre convalescence après l’opération. Selon les soins, les restrictions et les atteintes prévues en lien avec la chirurgie, il pourrait être nécessaire d’envisager de l’aide auprès de votre entourage ou auprès de ressources spécialisées en soutien à domicile pour votre période de convalescence. Enfin, c’est aussi le moment de parler de vos inquiétudes par rapport à l’opération, de poser toutes les questions liées à ce moment délicat, à sa préparation et à son suivi.Attention, la phase préopératoire est propre à chaque patient, il est inutile et contre-productif de comparer sa préparation à celle d’un autre patient.
Comment me préparer à ma première rencontre préopératoire?
Assurez-vous d’avoir votre liste de médicaments à jour avec vous, et d’informer l’équipe médicale de tous les compléments alimentaires / traitements homéopathiques ou naturels que vous suivez. Soyez conscient que plusieurs questions sur divers aspects de votre personne (antécédents de santé, habitudes de vie) peuvent vous être posées par l’équipe de soin durant l’évaluation préopératoire. Soyez honnête dans la divulgation de ceux-ci, car ils permettront de prévenir des complications qui peuvent être graves.
Préparez une liste de questions et prenez le temps de les poser. Toutes les questions sont légitimes, n’hésitez pas à vous exprimer. Vos questions aideront l’équipe de soin à mieux comprendre vos besoins.
Prévoyez, si possible, un accompagnateur (ami ou famille) lors des rencontres préopératoires afin de vous aider à retenir les informations qui vous seront transmises. De plus, l’inclusion d’un proche qui sera présent pour vous lors de la période post-opératoire est encore mieux, car ces rencontres lui offriront aussi du soutien dans son rôle d’aidant.
Comment bien me préparer à mon opération?
Voici les conseils universels à appliquer et à garder en tête pour tout type de préparation à une chirurgie. Toutefois, veuillez valider celles qui s’appliquent à votre condition, auprès de votre équipe de soin.
En lien avec le traitement médicamenteux
Respectez les directives médicales en lien avec les éventuels traitements médicaux et les produits de santé naturels à cesser, à poursuivre ou à débuter avant l’opération. Cette action permet de prévenir les complications associées à certains médicaments ou à optimiser l’acte chirurgical.
En lien avec l’hygiène
La semaine avant votre opération éviter de raser votre peau autour de la zone impactée par l’opération.
La veille et le jour de la chirurgie, évitez les produits cosmétiques sur votre peau et dans la zone impactée par l’opération (lotion, crème, parfum). Privilégiez une douche complète, avec des produits neutres sans parfum. Il n’est pas nécessaire de se laver avec un savon antiseptique, le savon régulier est suffisant. Ces actions permettent de préparer votre peau, de prévenir le risque d’infection et favorisent la guérison optimale de la plaie en post-opératoire.
En lien avec l’alimentation et l’hydratation
Durant la phase préopératoire (et même après!), il est recommandé d’avoir une alimentation riche en protéines. Les protéines (œufs, yaourt, fromage, viandes, noix) sont importantes dans la guérison des tissus et des muscles, et dans le soutien du système immunitaire. Vous aurez alors les apports nécessaires pour répondre aux besoins énergétiques augmentés par l’acte chirurgical, et par la présence de plaie(s), par exemple. Demandez à votre médecin ou votre nutritionniste si ce type de diète vous convient, et comment la mettre en place.
La veille de la chirurgie, il est recommandé de bien vous hydrater, si vous n’avez pas de restriction. Entre la fin de votre dernier repas et minuit, il est recommandé de boire environ 1 litre de liquides clairs (eau ou de jus sans résidus), afin d’offrir à votre corps une hydratation optimale pendant la période de jeun préopératoire.
Ensuite, entre minuit et l’heure de la chirurgie, il est important de ne plus manger. L’eau ou les liquides clairs sans résidus peuvent être consommés en petite quantité, sauf avis contraire, jusqu’à 2h avant la chirurgie. Le respect de ces restrictions alimentaires permet d’éviter des complications graves lors de votre anesthésie.
En lien avec l’activité physique
Hors contre-indication, dans les semaines précédant la chirurgie, essayez de devenir ou de rester actif en faisant un minimum de 30 minutes d’activité physique légère à modérée par jour. L’activité en période préopératoire permet de construire ou de maintenir une mobilité fonctionnelle et une endurance autant au niveau physique que respiratoire, ce qui minimise les difficultés de récupération en période post-opératoire. Par ailleurs, le fait de devenir ou de rester actif avant la chirurgie joue un rôle important dans la gestion de l’anxiété et de la douleur. N’hésitez pas à demander conseil à votre médecin ou votre physiothérapeute sur le type d’activité le plus adapté en préparation de votre opération..
En lien avec le tabac, l’alcool et les drogues
Si vous fumez, il est recommandé de cesser un mois avant votre chirurgie. Cela permet de prévenir les complications post-opératoires, tels que l’infection pulmonaire, le retard de guérison de la plaie et une mauvaise gestion de la douleur. N’hésitez pas à en parler avec l’équipe de soin pour qu’elle vous accompagne dans le processus d’arrêt de la cigarette. Si l’arrêt complet est impossible, il est indispensable de ne pas fumer, et de ne pas consommer d’alcool 24 heures avant la chirurgie.
Enfin, si vous avez des troubles liés à l’usage de substances (drogue ou alcool), n’hésitez pas à en parler avec l’équipe de soin. Un accompagnement peut être proposé pour vous aider à arrêter, à mieux tolérer le sevrage temporaire et à mieux orienter les soins. Cet accompagnement permet de minimiser les complications post-opératoires possibles, tels que les symptômes de sevrage, le risque de mauvaise gestion de la douleur, ou encore le risque de psychose post-opératoire (délirium).
En lien avec le retour à la maison
Profitez de cette période pour faciliter le moment de votre retour à la maison, au moins pour la première semaine. Avisez les personnes que vous jugez pertinentes de votre opération. Assurez-vous d’avoir un proche pour vous accompagner le jour de la chirurgie, et pour vous ramener à la maison au moment du départ de l’hôpital. Il est par exemple recommandé de vous préparer des repas que vous pouvez congeler ; réglez à l’avance tout ce que vous pouvez régler (ménage, paiement de facture, épicerie, soins des animaux de compagnie, etc.) afin de faciliter un retour calme et apaisé au quotidien après votre chirurgie.
Précautions supplémentaires
Si, dans la semaine qui précède votre chirurgie, vous éprouvez des symptômes de quelque maladie que ce soit (rhume, grippe, allergie etc); si vous avez débuté des traitements antibiotiques; si vous pensez ou avez confirmé être enceinte; si vous avez eu tout changement important dans votre état de santé, informez-en l’équipe de soin le plus tôt possible afin de leur permettre de s’ajuster en conséquence. De la même manière, si vous n’avez pas respecté les consignes données pour la préparation à l’opération, faites-en part à votre équipe de soin pour éviter les complications pendant l’opération.
En conclusion, la phase de préparation préopératoire permet une prise en charge globale de votre condition afin de planifier les ingrédients à mettre en place, par vous et par l’équipe de soin, pour assurer une chirurgie optimale. En effet, une bonne préparation avant la chirurgie est un travail d’équipe entre vous et l’équipe de soin qui permet de favoriser la gestion de l’anxiété et du stress avant l’opération, de prévenir les complications évitables et de maximiser la récupération post-opératoire.
#Storytime : Situation clinique de Malak et Julie
1 Malak
Malak est une femme de 40 ans qui attend une chirurgie pour le retrait d’un fibrome utérin par hystéroscopie. Elle n’a aucun antécédent de santé, et elle est bien entourée par sa famille. Toutefois, elle a honte de ce type de chirurgie et craint que son conjoint ne la voie plus de la même manière. Lors de la rencontre préopératoire, elle profite d’un moment seule avec l’infirmière pour lui faire part de cette inquiétude. Suite à cette discussion, l’équipe de soin a pu adapter ses conseils en lien avec la chirurgie aux croyances et aux craintes de Malak, et a profité de la présence de son conjoint pour les aborder.
Par ailleurs, une consultation avec une sexologue a été planifiée avec l’accord de Malak et de son conjoint. Cela les a beaucoup aidés à discuter de leurs craintes, et à clarifier plusieurs éléments sources d’anxiété et de tensions dans le couple.
Malak comprend donc mieux ce qui l’attend et avec son conjoint, elle a une vision plus réaliste de l’impact de la chirurgie sur leur vie de couple, et comment son conjoint peut la soutenir durant cette période.
2 Julie
Julie, 45 ans, doit subir, dans 2 mois, une mastectomie partielle de son sein gauche. Elle a de l’hypertension artérielle et du diabète, et elle souffre de douleurs chroniques au niveau lombaire depuis plusieurs années. En prévision de sa chirurgie, son médecin traitant la réfère à la clinique préopératoire. Elle y rencontre l’infirmière qui note, en plus de ses antécédents de santé, que Mme vit seule, qu’elle est fumeuse, mais souhaite arrêter depuis l’annonce de son diagnostic de cancer du sein.
Par ailleurs, sous ses airs de femme forte et indépendante, elle a besoin d’un fort soutien émotionnel. À la lumière de cette rencontre, et en plus des examens médicaux, Julie a été référée au programme de sevrage tabagique, et a eu un premier rendez-vous avec un psychologue. Elle a également pu bénéficier d’une consultation avec une nutritionniste qui lui a donné des conseils alimentaires pour mieux contrôler son hypertension et son diabète avant et après la chirurgie, mais également pour favoriser la guérison de sa plaie en post-opératoire.Elle a par ailleurs pu prendre connaissance des ressources disponibles pour l’aider à domicile en post-opératoire et a pu débuter des démarches de demandes de services avec son infirmière. Finalement, elle a été référée à un programme d’exercice pour favoriser l’augmentation de ses capacités physiques et le soulagement de ses douleurs lombaires afin d’optimiser la médication pour la douleur.
Il ne reste qu’une semaine avant la chirurgie de Julie, son stress est au plus bas et elle se sent sereine, bien soutenue et bien préparée à ce qui l’attend.
Sources et références
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- Iqbal, U., Green, J.B., Patel, S., Tong, Y., Zebrower, M., Kaye, A.D., Urman, R.D., Eng, M.R., Cornett, M. & Liu, H. (2019) Preoperative patient preparation in enhanced recovery pathways. Journal of anesthesiology clinical pharmacology. 35, 14-23. https://doi.org/10.4103/joacp.JOACP_54_18
- Oteri, V., Martenelli, A., Crivellaro, E. & Gigli, F. (2021) The impact of preoperative anxiety on patients undergoing brain surgery: a systematic review. Neurosurgical Review, 44, 3047-3057. https://doi.org/10.1007/s10143-021-01498-1
- Perianez, C.A.H., Diaz, M.A.C., Bonisson, P.L.V., Simino, G.P.R., Barbosa, M.H. & De Mattia, A.L. (2020) Relationship of anxiety and preoperative depression with post-operative pain. Texto & Contexto Enfermagem, 29, 1-13. http://dx.doi.org/10.1590/1980-265X-TCE-2018-0499
- Ruel, M-C., Lapierre, A., Côté, J. & Arbour, C. (2019) Soins post-opératoire : Programmes ERAS. Perspective infirmière, 16 (1), 24-32. Repéré à: https://www.oiiq.org/documents/20147/1516102/perspective-infirmiere-vol-16-no-1-2019.pdf
- Société Canadienne de psychologie (2017) «La psychologie peut vous aider» : Préparation préopératoire. 1-4. Repéré à : https://cpa.ca/docs/File/Publications/FactSheets/FS_PreparationPreoperatoire_FR_mars2009.pdf
- Vons, C. (2022) Chirurgie ambulatoire : regard sur les pratiques à l’étranger. Actualité et dossier en santé publique (adsp), 118, 54-55. Repéré à : https://www.cairn.info/revue-actualite-et-dossier-en-sante-publique-2022-2-page-54.htm
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.




